Réponse à Thibaut Le Corre

Cet article est en forme de réponse au commentaire de Thibaut Le Corre sur mon article concernant le désenclavement de Digne les Bains, car je ne peux malheureusement pas être d’accord ni sur le diagnostic, ni sur les réponses, ni sur le ton résolument positif de son message, alors que je constate une déliquescence globale de cette ville à un rythme inquiétant.

Thibaut Le Corre : Des initiatives autour du logiciel libre existent depuis des années au niveau départemental par Linux-Alpes, Xsalto et Apitux sont très actifs, c’est un embryon de quelque chose.

Renaud Zigmann : Je suis bien placé pour savoir que ces initiatives ne correspondent virtuellement à rien. XSALTO et Apitux sont des entreprises privées qui se débattent dans un océan d’incompréhension. On ne peut vraiment même pas parler d’embryon tant la trace est ténue. Nous avons eu des messages très clairs de la Mairie de Digne ainsi que de certains acteurs (l’ADT par exemples) pour nous expliquer que nous n’étions pas des acteurs pertinents du libre. XSALTO développe 99,9% de son activité en dehors de Digne. La seule raison de la présence de cette entreprise sur ce territoire est mon attachement viscéral à Digne et aux Alpes de Haute Provence. Le travail de Jean-Christophe Becquet (Apitux) sur OSM est un épiphénomène sur lequel je préfère ne pas m’étendre.

Thibaut Le Corre : Si le désenclavement est si important pour l’Est du département c’est que nous sommes dans un département rural, et ça même avec un accès autoroute Digne-Marseille ça ne changera pas de si tôt.

Renaud Zigmann : je suis d’accord sur ce point. Il faut arriver à faire de ce handicap un atout.

Thibaut Le Corre : Actuellement la première ressource de cette partie du département est le tourisme, les nouveaux arrivants dans cette partie du département sont plus des retraités que de jeunes actifs. Et même pour ceux qui arrivent à trouver ou à créer leur emploi ici, nombreux sont les freins qui apparaissent : animation de Digne, accès Internet bof, enclavement, commerces en berne, liens difficiles à tisser … alors que ce département regorges d’atouts.

Renaud Zigmann : Je pense que nous en sommes là à des symptômes et non à des explications. Les commerces en berne, l’animation de Digne, la part des retraités, etc sont des symptômes et des conséquences d’une activité inexistante, et non pas des causes. Bien sûr, au delà d’un certain niveau, cela devient aussi une cause. La ville a perdu son attractivité. Par ailleurs Digne n’est pas une ville touristique malgré ce qu’on veut nous laisser penser.

Thibaut Le Corre : Les jeunes doivent bien souvent sortir du département pour suivre une formation post-bac et pour trouver ensuite du boulot, même si l’arrivée de l’IUT, de ses formations de niveau licence et de ses conférences sont une excellente source de dynamisme.

Renaud Zigmann : Le fait que les jeunes aient besoin de « voir du pays » et que les études en soient l’occasion n’est pas forcément un handicap. L’IUT a apporté une nouvelle population, mais l’expérience que j’ai des niveaux les plus « élevés » (Licence) de l’IUT m’a attristé. Les étudiants viennent d’un peu partout. Ils ne restent pas ou peu le week end. Ils quittent Digne dès qu’ils le peuvent et en tous les cas dès qu’ils sont en vacances. Les stages sont très difficiles à trouver et les étudiants ont tendance à rechercher les stages partout sauf à Digne.

Thibaut Le Corre : Le bassin manque cruellement de structures pour le développement d’entreprises innovantes du style pépinière ou hôtel d’entreprises (il me semble que sur Sisteron ça existe déjà) alors que le service aux personnes et aux entreprises me semble la meilleure option pour le développement du bassin d’emploi.

Ma réponse : J’ai proposé à la Mairie de Digne il y a deux ans de développer une structure de ce type, pour laquelle XSALTO aurait pris en charge le loyer pour héberger les nouvelles structures gratuitement dans un cadre favorable à la naissance de projets en commun. Après neuf mois de demandes, nous avons reçu une réponse négative, sur le mode « mélez vous de ce qui vous regarde ». C’est vrai que les structures privées c’est « mal ». Par ailleurs, il semble, d’après les informations que j’ai que les demandes d’implantation soient quasi inexistantes. Toujours le problème de l’attractivité.

Pour développer un hôtel d’entreprises innovantes, encore faut il que les entreprises aient une bonne raison de s’implanter sur Digne. Encore faut il un certain niveau d’attractivité, qui n’existe pas. Il ne suffit pas que l’offre soit disponible, en terme d’hébergement, de bande passante ou quoi que ce soit. Tous les territoires développent cela. Il faut que le territoire ait un projet. Il est inexistant.

Thibaut Le Corre : Il me semble qu’un pôle de compétences plus ouvert pourrait être plus fécond, du style « Ruralité et TIC » où beaucoup d’acteurs pourraient participer et trouver leur place.

Renaud Zigmann: Ma proposition était en forme de « jeu ». Mais je pense qu’il faut un projet réel et pas un projet fumeux. Un exemple : « Ruralité et TIC ». Digne n’est pas une ville rurale. J’avoue qu’en tant qu’acteur économique pur et dur, j’opterais plutôt pour des initiatives pragmatiques, qui ne sont pas consommatrices d’argent public, mais qui sont cohérentes. Les projets « fourre tout » me semblent trop… fourre tout pour avoir le moindre effet.

  1. Je préfère voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide, le Digne de dans 10 ou 15 ans ne sera plus celui de maintenant, en bien ou en mal, nous verrons bien …

    Juste pour rebondir sur deux points :

    « Il faut que le territoire ait un projet. Il est inexistant. »

    => Tout à fait d’accord, le marasme actuel du bassin dignois est tel que les conséquences en deviennent des causes, un mauvais cercle vicieux que seuls des politiques volontaristes pourrait enrayer.

    « Mais je pense qu’il faut un projet réel et pas un projet fumeux. (…) J’avoue qu’en tant qu’acteur économique pur et dur, j’opterais plutôt pour des initiatives pragmatiques, qui ne sont pas consommatrices d’argent public, mais qui sont cohérentes. »

    => Je pensais plus à des rencontres sous forme d’échanges constructifs, qu’à une énième structure associative, quelque chose de ponctuel (sur 2-3 ans) afin de définir un projet cohérent de territoire pour les TIC avec acteurs institutionnels, économiques, citoyens et regards extérieurs.

    Mais il est vrai que n’étant ni un acteur économique, ni un décideur politique je ne mesurais pas le fossé qui semble s’être creusé entre acteurs institutionnels et acteurs économiques.

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