Ma ville se meurt…

J’aime Digne. Je suis revenu travailler ici après 17 années à droite à gauche, et c’est avec plaisir que j’ai retrouvé ma ville. Depuis 99, nous maintenons 12 emplois sur Digne.

Aujourd’hui je me questionne.

La ville vit de 60% d’emploi administratif. C’est un atout dans ces temps de crise. Mais cet emploi est en pleine régression, en raison de la restructuration administrative. Ce n’est pas critiquable : cette restructuration est nécessaire et rationnelle. Mais une forte culture administrative laisse peu de place à l’initiative économique. Ici, comme dans le reste du département, aucun contre-pouvoir au politique, à l’administration.

Les conséquences de cette structure économique sont multiples :

  • Aucune culture économique. Nos élus, les fonctionnaires territoriaux, ont peu ou pas de culture économique.
  • Une position de repli, de défense de l’emploi administratif, plutôt qu’une dynamique de progrès et d’avenir,
  • Une réaction molle, plus souvent dans la contestation, que dans l’envie de créer ou de faire,
  • Pas de solidarité entre les acteurs économiques et les acteurs territoriaux. Pas de communication, pas de terroir économique.,
  • Aucune consultation des acteurs économiques dans les décisions d’aménagement ou les mises en place de programmes de développement,
  • Une méfiance vis à vis de toute initiative privée ; une angoisse de la perte de contrôle,
  • Le sentiment diffus que demain sera comme hier, et comme il y a dix ans ou vingt ans, que Digne est à l’abri des soubresauts du monde.

Digne et son inertie, Digne et son indolence, Digne et son inconséquence, Digne et son incompétence sont regardés avec étonnement, amusement, ironie par les acteurs territoriaux environnants. Et pendant ce temps, certains se mettent sur les rangs pour récupérer les miettes : abattoir, hôpital, CCI, formations en apprentissage… accentuant la décadence de la ville préfecture. Je ne peux pas leur reprocher ; chacun se bat avec ses armes. Les temps sont durs, partout, mais dans une ville qui ne réagit pas, c’est encore plus difficile.

Le but de cet article n’est pas de rentrer dans la petite histoire, l’anecdote et la discussion sur le bout de gras.

Digne ne survivra pas à une nouvelle période de gestion comme celle que nous traversons. Lorsque j’entends que des listes sont en train de se former avec des personnes qui sont actuellement en responsabilité, je crains le pire.

Il est temps que les bonnes volontés se rassemblent autour d’un objectif unique : le renouveau de la ville, qui doit avant tout se décliner sous l’angle de l’économie et de la culture.

Demain ne sera pas comme hier, il sera meilleur ou bien pire.

  1. Renaud, je viens de lire tes mots. Tu en as le sens. Ils me touchent. Ils traduisent, ton amour de Digne, de ton pays, ton soucis de sa pérennité, de son bien-être et bien vivre avec cœur.
    Qu’une seule once de ton amour pour ta ville s’éclate et rejaillisse vers autrui(s), ouvre les esprits à cette prise de conscience et le meilleur sera à venir. C’est le vœu que je formule pour toi, pour les tiens (famille, amis, pro,…) en cette nouvelle année qui s’annonce, pour que Digne renaisse ; afin que tu y sois encore très longtemps heureux entouré de ta tribu. Zélia

  2. Bonjour Renaud,

    C’est un commentaire en direct de demain que je vous propose, ayant trouvé votre article longtemps après sa parution, au gré des fantaisies de Google.

    Je ne trouve rien à redire à votre article. Trois années se sont écoulées, et loin de s’améliorer, la situation que vous décrivez n’a cessé d’empirer.

    Quelques remarques d’ordre politique, si vous me le permettez.

    Les mêmes équipes municipales se succèdent sans produire de bilan appréciable, c’est un fait, mais c’est aussi une caractéristique de nombreuses communes reculées, et il ne faut pas perdre de vue que ce (non-)changement dans la continuité est le produit d’un scrutin populaire.

    D’autre part, et là je pense aux dernières Municipales, on pouvait chercher en vain un quelconque projet dynamique, séduisant, ambitieux, innovant, émanant d’une équipe composée de « nouvelles têtes », rajeunie, représentative de la population dignoise dans ce qu’elle est en réalité, et prenant en compte les attentes de nos concitoyens telles qu’elles sont exprimées sur le terrain.

    Ce fut donc un vote « par défaut », parce que dans nos campagnes il convient « par devoir » de voter, par intérêt aussi car on sait malheureusement comment certains décrochent des postes dans la fonction publique municipale comme territoriale, tandis que d’autres, aux compétences analogues ou mêmes plus adaptées, devront se contenter de contrats jetables.

    Il s’agissait aussi, lors de ces Municipales, de mettre en échec une équipe aux options extrémistes, bien placée au premier tour, dont les conséquences de l’élection auraient été évidentes. Par la suite, il ne semble pas que cette expression d’un ras-le-bol ait fait l’objet d’une quelconque analyse de terrain.

    Enfin (et sans lien, me concernant, avec ce qui précède), dans une ville où, à des fins de maintien d’un seuil démographique, l’on recourt à l’accueil de populations d’origines et de cultures diverses provenant de pays aux climats politiques instables, pour pallier à l’exil de populations jeunes et actives vers d’autres villes et régions économiquement viables et offrant plus de possibilités d’épanouissement, le produit d’un scrutin local, quel qu’il soit, ne saurait refléter la réalité de ce qu’est le paysage sociologique dignois aujourd’hui.

    Donc, politiquement, concernant Digne, ce n’est pas un état des lieux qu’il faut dresser, mais un état de non-lieu.

    Sociologiquement, et pour dépasser le cadre strictement dignois pour embrasser le sud du département 04, nous sommes confrontés à un phénomène de dépopulation qui tient autant à des facteurs économiques qu’à la faible attractivité de ce territoire. Ses villages sont moribonds, pour beaucoup austères, il sont mal ou pas desservis par des lignes régulières de bus. Terrains et propriétés mis en vente le sont à des prix surévalués, pour ne pas dire délirants. Commerces disparus, services publics devenus inexistants, résidences secondaires occupées un mois dans l’année, écoles fermées, lien social distendu…

    Et là on est tenté de se poser la question de l’œuf et de la poule… A t-on envie d’investir dans un territoire qui se dépeuple, dont la population vieillit parce qu’on s’y ennuie, qu’il n’y a rien à y faire en-dehors des mois d’été, où globalement la population à l’année dispose d’un maigre pouvoir d’achat et où l’immobilier est hors de prix ?

    Je crains que la même question soit à poser pour Digne…

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