David Eloy Rodríguez – Lignes de fuite

Fuir loin de la haine et de ses tanières
portés par la passion et la quête.
Fuir et aller de désespoirs en refuges
avec pour seul viatique l’amour et le trouble.
Fuir vers un temps sans points cardinaux
comme un équilibriste sur la corde frêle de la sagesse
ou comme des mendiants qui poursuivent
un coeur bien mérité sur cette terre.
Fuir guidés par des boussoles brisées.
Fuir et croire en la fuite.
Fuir pour se retrouver.

Líneas de fuga

Huir lejos del odio y sus madrigueras
encendidos de pasión y búsquedas.
Huir por desesperaciones y refugios
con un equipaje de amor y desasosiego.
Huir hacia una hora sin puntos cardinales,
como equilibristas por el fino cordel de la cordura
o como mendigos que persiguen
un merecido corazón sobre la tierra.
Huir guiados por brújulas rotas.
Huir confiando en la fuga.
Huir para encontrarnos.

David Eloy Rodríguez (né à Cáceres, Espagne en 1976) – Judite Rodrigues, Poésie par effraction (Université Bordeaux Montaigne, 2015)

Alain Chamfort & Elodie Frégé – L’ennemi dans la glace

il y a dans ma maison quelqu’un dont j’me méfie
qui me défie
qui s’assied à ma place, qui m’ressemble comme un frère
qui respire mon air

l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il sourit mais j’le connais bien
l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il n’me veut pas du bien

il y a chez moi un hôte indésirable
insaisissable
qui vit sous mon toit, qui dort dans mon lit

qui jamais n’m’oublie

l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il sourit mais j’le connais bien
l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il m’laissera pas en paix

dehors je croise des étrangers
des ombres qui marchent dans le noir
ce n’est pas d’eux que vient le danger
mais je reconnais chaque soir
mon pire ennemi dans ce miroir

je m’souviens de l’homme que j’étais, mais un traître
l’a fait disparaître

et moi, qui suis-je? chasseur ou chassé
qu’est-ce qui s’est passé?

Rachid Taha – Ya Rayah

Oh Emigrant

Ya rayah win msafar trouh taâya wa twali
Ch’hal nadmou laâbad el ghaflin qablak ou qabli

Oh emigrant où vas-tu? Finalement, tu dois revenir
Combien de gens ignorants ont regretté cela avant toi et moi

(x2)

Chhal cheft al bouldan laamrine wa lber al khali
Chhal dhiyaat wqat chhal tzid mazal ou t’khali
Ya lghayeb fi bled ennas chhal taaya ma tadjri
Tzid waad el qoudra wala zmane wenta ma tedri

Combien de pays surpeuplés et de terres vides as-tu vu?
Combien de temps as-tu perdu?
Combien en as-tu encore à perdre?
Oh émigré dans le pays des autres
Sais-tu seulement ce qui se passe?
Le destin et le temps suivent leur cours, mais tu l’ignores

Aalach qalbek hzine waalach hakdha ki zawali
Matdoum achadda wila tzid taalem ou tabni
Maydoumou layyam walay doum seghrek ou seghri
Ya hlilou meskine li ghab saadou ki zahri

Pourquoi ton cœur est si triste?
Et pourquoi restes-tu là misérable?
Les difficultés prendront fin et tu n’as plus à apprendre ou construire quoi que ce soit
Les jours ne durent pas, tout comme ta jeunesse et la mienne
Oh pauvre garçon qui a raté sa chance tel que j’ai manqué la mienne

Ya msafer naatik oussaayti addiha el bakri
Chouf ma yeslah bik qbal ma tbia ou ma techri
Ya nnayem djani khabrek ma sralek ma srali
Hakdha rad el qalb bel djbine sabhane el aali

Oh voyageur, je te donne un conseil à suivre tout de suite
Vois ce qui est dans ton intérêt avant que tu ne vendes ou achètes
Oh dormeur, tes nouvelles me parvenaient
Et ce qui t’est arrivé m’est arrivé
Ainsi, le cœur revient à son créateur, le plus Grand.