Mountain Men « Le testament » (Georges Brassens)

Le Testament par Georges Brassens

Je serai triste comme un saule
Quand le Dieu qui partout me suit
Me dira, la main sur l’épaule:
« Va-t’en voir là-haut si j’y suis. »
Alors, du ciel et de la terre
Il me faudra faire mon deuil…
Est-il encor debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil?
Est-il encor debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil?

S’il faut aller au cimetière,
J’prendrai le chemin le plus long,
J’ferai la tombe buissonnière,
J’quitterai la vie à reculons…
Tant pis si les croqu’-morts me grondent,
Tant pis s’ils me croient fou à lier,
Je veux partir pour l’autre monde
Par le chemin des écoliers.
Je veux partir pour l’autre monde
Par le chemin des écoliers.

Avant d’aller conter fleurette
Aux belles âmes des damné’s,
Je rêv’ d’encore une amourette,
Je rêv’ d’encor’ m’enjuponner…
Encore un’ fois dire « Je t’aime »…
Encore un’ fois perdre le nord
En effeuillant le chrysanthème
Qui’est la marguerite des morts.
En effeuillant le chrysanthème
Qui’est la marguerite des morts.

Dieu veuill’ que ma veuve s’alarme
En enterrant son compagnon,
Et qu’pour lui fair’ verser des larmes
Il n’y ait pas besoin d’oignon…
Qu’elle prenne en secondes noces
Un époux de mon acabit:
Il pourra profiter d’mes bottes,
Et d’mes pantoufle’ et d’mes habits.
Il pourra profiter d’mes bottes,
Et d’mes pantoufle’ et d’mes habits.

Qu’il boiv’ mon vin, qu’il aim’ ma femme,
Qu’il fum’ ma pipe et mon tabac,
Mais que jamais – mort de mon âme! –
Jamais il ne fouette mes chats…
Quoique je n’ai’ pas un atome,
Une ombre de méchanceté,
S’il fouett’ mes chats, y’a un fantôme
Qui viendra le persécuter.
S’il fouett’ mes chats, y’a un fantôme
Qui viendra le persécuter.

Ici-gît une feuille morte,
Ici finit mon testament…
On a marqué dessus ma porte:
« Fermé pour caus’ d’enterrement. »
J’ai quitté la vi’ sans rancune,
J’aurai plus jamais mal aux dents:
Me v’là dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.
Me v’là dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.

Jean-Jacques Goldman – Puisque tu pars (en concert)

Puisque tu pars
Puisque l’ombre gagne
Puisqu’il n’est pas de montagne
Au-delà des vents plus haute que les marches de l’oubli
Puisqu’il faut apprendre
À défaut de le comprendre
À rêver nos désirs et vivre des « Ainsi-soit-il »
Et puisque tu penses
Comme une intime évidence
Que parfois même tout donner n’est pas forcément suffire
Puisque c’est ailleurs
Qu’ira mieux battre ton cœur
Et puisque nous t’aimons trop pour te retenir
Puisque tu pars
Que les vents te mènent où d’autres âmes plus belles
Sauront t’aimer mieux que nous
Puisque l’on ne peut t’aimer plus
Que la vie t’apprenne
Mais que tu restes le même
Si tu te trahissais, nous t’aurions tout à fait perdu
Garde cette chance
Que nous t’envions en silence
Cette force de penser que le plus beau reste à venir
Et loin de nos villes
Comme octobre l’est d’avril
Sache qu’ici reste de toi comme une empreinte
Indélébile
Sans drame, sans larme
Pauvres et dérisoires armes
Parce qu’il est des douleurs qui ne pleurent qu’à l’intérieur
Puisque ta maison
Aujourd’hui c’est l’horizon
Dans ton exil, essaie d’apprendre à revenir
Mais pas trop tard
Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars
Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars
J’aurai pu fermer, oublier toutes ces portes
Tout quitter sur un simple geste, mais tu ne l’as pas fait
J’aurai pu donner tant d’amour et tant de force
Mais tout ce que je pouvais ça n’était pas encore assez
Pas assez, pas assez, pas assez
Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars
Paroliers : Eliot Kennedy / Jean-Jacques Goldman / Bryan Adams

Zebda – Vingt Ans (Léo Ferré cover) – Live @ Les Enfants du Patrimoine

Vingt ans
Pour tout bagage on a vingt ans
On a l’expérienc’ des parents
On se fout du tiers comm’ du quart
On prend l’ bonheur toujours en r’tard
Quand on aim’ c’est pour tout’ la vie
Cett’ vie qui dur’ l’espac’ d’un cri
D’un’ permanent’ ou d’un blue jean
Et pour le reste on imagine
Pour tout bagage on a sa gueul’
Quand elle est bath ça va tout seul
Quand elle est moche on s’habitue
On s’ dit qu’on est pas mal foutu
On bat son destin comm’ les brèmes
On touche à tout on dit je t’aime
Qu’on soit d’ la Balanc’ ou du Lion
On s’en balance on est des lions…
Pour tout bagage on a vingt ans
On a des réserv’s de printemps
Qu’on jett’rait comm’ des miett’s de pain
A des oiseaux sur le chemin
Quand on aim’ c’est jusqu’à la mort
On meurt souvent et puis l’on sort
On va griller un’ cigarette
L’amour ça s’ prend et puis ça s’ jette
Pour tout bagage on a sa gueul’
Qui caus’ des fois quand on est seul
C’est c’ qu’on appell’ la voix du d’dans
Ça fait parfois un d’ ces boucans
Pas moyen de tourner le bouton
De cett’ radio on est marron
On passe à l’examen d’ minuit
Et quand on pleure on dit qu’on rit…
Pour tout bagage on a vingt ans
On a un’ rose au bout des dents
Qui vit l’espace d’un soupir
Et qui vous pique avant d’ mourir
Quand on aim’ c’est pour tout ou rien
C’est jamais tout c’est jamais rien
Ce rien qui fait sonner la vie
Comme un réveil au coin du lit
Pour tout bagage on a sa gueule
Devant la glac’ quand on est seul
Qu’on ait été chouette ou tordu
Avec les ans tout est foutu
Alors on maquill’ le problème
On s’ dit qu’ y’a pas d’âg’ pour qui s’aime
Et en cherchant son coeur d’enfant
On dit qu’on a toujours vingt ans…
Paroliers : Léo FERRE
Paroles de Vingt ans © Les Nouvelles Editions Meridian

Léo Ferré et Charles Baudelaire, par Jean-Louis Murat

Cooperative de mai en 2007

Réversibilité

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu’on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,
Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté ;
Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)

Respire – Valhere

Je marche en équilibre,
Sur des lignes électriques,
Regarde la ville tout en bas,

Mesure le goût de mes risques
Sans quoi plus rien n’existe
Tu pleures toujours à cause de moi
J’mets de l’apnée sur la ville là-dessous
Debout sur la pointe des piedsRespire, respire, respire
Attends, pour moi.

Tu contrôles ma déraison
Mais ne peux rien faire,
Ma maison, ma prison, ça m’indiffère,
J’mets comme des missions tout au bout de mes pistes,
J’fais des listes, de mes questions
J’mets des effets sur vos vies là-dessous,
Des sous dans vos porte-monnaie,

Respire, respire, respire,
Attends, pour moi.

Je marche en équilibre,
Et des fils romantiques,
Pour toi, rien que pour toi, tout en bas
Mesure le gout de mes risques,
Sans toi, moi, je n’existe pas
Je pleurs toujours à cause de toi

J’mets de l’apnée sur la vie là-dessous
Debout il me semble tomber

Respire, respire, respire,
Attends… respire…
Attends,
Pour moi.