Nantes – Barbara

Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin
Un matin comme celui-là
Il y a juste un an déjà
La ville avait ce teint blafard
Lorsque je sortis de la gare
Nantes m’était encore inconnue
Je n’y étais jamais venue
Il avait fallu ce message
Pour que je fasse le voyage:
« Madame soyez au rendez-vous
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Faites vite, il y a peu d’espoir
Il a demandé à vous voir. »
A l’heure de sa dernière heure
Après bien des années d’errance
Il me revenait en plein cœur
Son cri déchirait le silence
Depuis qu’il s’en était allé
Longtemps je l’avais espéré
Ce vagabond, ce disparu
Voilà qu’il m’était revenu
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Je m’en souviens du rendez-vous
Et j’ai gravé dans ma mémoire
Cette chambre au fond d’un couloir
Assis près d’une cheminée
J’ai vu quatre hommes se lever
La lumière était froide et blanche
Ils portaient l’habit du dimanche
Je n’ai pas posé de questions
A ces étranges compagnons
J’ai rien dit, mais à leurs regards
J’ai compris qu’il était trop tard
Pourtant j’étais au rendez-vous
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Mais il ne m’a jamais revue
Il avait déjà disparu
Voilà, tu la connais l’histoire
Il était revenu un soir
Et ce fut son dernier voyage
Et ce fut son dernier rivage
Il voulait avant de mourir
Se réchauffer à mon sourire
Mais il mourut à la nuit même
Sans un adieu, sans un « je t’aime »
Au chemin qui longe la mer
Couché dans le jardin des pierres
Je veux que tranquille il repose
Je l’ai couché dessous les roses
Mon père, mon père
Il pleut sur Nantes
Et je me souviens
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin.

Ivan Bounine – Sur un rocher sous le ciel…

Sur un rocher sous le ciel, où les tourmentes
Sifflent dans l’azur éblouissant
Est le gîte solitaire et fétide d’un aigle.
Je bois comme une eau glacée
La tourmente des cimes, la liberté,
L’éternité qui vole en ce lieu.
Ivan Bounine (Voronej, Russie, 1870 – Paris , 1953) – Mon cœur pris par la tombe (Orphée, La Différence, 1992) – Traduit du russe par Madeleine de Villaine
Merci à Beauty will save the world

André Laude – Sommes-nous vivants ?

André Laude – Sommes-nous vivants ?
Sommes-nous vivants
Sommes-nous faits de fer et sang
Sommes- nous fait d’eau et vents
Sommes-nous clones du néant
où est le feu de nos membres
Mes doigts de nicotine bougent encore
Ma rage intacte brise les serrures
Une longue maladie dévore mon corps
Mon âme est un moine en robe de bure
Sommes-nous vivants.
J’entends le doux rire de l’ami Cioran
rue de l’Odéon crépuscule de nombre
La chute dans le temps
et la tonique écriture.
André Laude (Paris, 1936-1995) – Poème inédit

Jean-Michel Caradec – A Kernoa / Les oiseaux volaient à l’envers

Les Oiseaux Volaient à L’envers

Jean Michel Caradec

Le ciel était couleur de sang
Et, se levant à l’horizon,
Le soleil semblait être blanc
Je ne sais plus bien la saison
Pourtant, je m’en souviens très bien
Tout comme si c’était hier
Je les ai vus venir de loin
Les oiseaux volaient à l’envers

Je devais t’emmener au bal
Ton père n’avait pas voulu
Je n’étais pas son idéal
Je n’étais pas le bienvenu
J’étais revenu par les bois
Le ciel était déchiré d’orages
Et je les ai vus devant moi
Les oiseaux volaient à l’envers

Depuis, les choses ont changé
La mémoire se joue de nous
Pourtant, je ne n’ai rien oublié
De cette nuit, des oiseaux fous
Je revois souvent ce jour-là
Tout comme si c’était hier
Ils me tourmentent, ils sont là
Les oiseaux volaient à l’envers

Le ciel devient couleur de sang
Je vois devant moi l’horizon
Le soleil me semble être blanc
J’oublie le jour et la saison
Mes yeux sont brouillés par la pluie
Et mes mains tremblent de colère
Le jour, soudain, devient la nuit
Les oiseaux volaient à l’envers

Nìkos Karoùzos – Bref

Je chante les ancêtres déchus
des étoiles je suis le chien
mes yeux regardent vers le haut
mes mains célèbrent la boue.
Σύντομον
Τραγουδώ τους πεσμένους προπάτορες
Είμαι των άστρων ο σκύλος
με τα μάτια κοιτάζω ψηλά
με τα χέρια γιορτάζω τη λάσπη.