Stances à la marquise

Stances à Marquise

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront :
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m’a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.

Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu’on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu’il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle
Où j’aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu’autant que je l’aurai dit.

Pensez-y, belle Marquise,
Quoiqu’un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu’on le courtise
Quand il est fait comme moi.

Pierre Corneille – 1658

İlhan Şeşen – Bir Demet Yasemen

Bir Demet Yasemen
Zeki Müren
Un tas de jasmin,
Bir demet yasemen,

Le seul souvenir de mon amour
Aşkimin tek hatirasi,

La séparation ne s’arrête pas,
Bitmiyor ayrilik,

Il n’écoute pas la blessure de mon cœur,
Dinmiyor gönlümün hicran yarasi,

Si je pleure et gémis,
Ağlasam inlesem,

Le pays du baht indélébile,
Silinmez bahtin karasi,

La séparation ne s’arrête pas,
Bitmiyor ayrilik,

Il n’écoute pas la blessure de mon cœur,
Dinmiyor gönlümün hicran yarasi,
Si cette saison revient,
Tekrar o mevsim gelse,

Si vous avez encore faim,
Tekrar yasemenler açsa,

Le souvenir de notre amour,
Aşkimizin anisini,

Si nous revivons dans cette blancheur,
O beyazlikta yeniden yaşasak,

Prends tout le jasmin de moi,
Bütün yasemenleri al benden,

Que ce soit tout à toi,
Hepsi senin olsun,

Reviens à moi, reviens maintenant.
Dön bana artik dön, dön artik.
Source : Musixmatch
Paroliers : Zeki Muren

David Eloy Rodríguez – Lignes de fuite

Fuir loin de la haine et de ses tanières
portés par la passion et la quête.
Fuir et aller de désespoirs en refuges
avec pour seul viatique l’amour et le trouble.
Fuir vers un temps sans points cardinaux
comme un équilibriste sur la corde frêle de la sagesse
ou comme des mendiants qui poursuivent
un coeur bien mérité sur cette terre.
Fuir guidés par des boussoles brisées.
Fuir et croire en la fuite.
Fuir pour se retrouver.

Líneas de fuga

Huir lejos del odio y sus madrigueras
encendidos de pasión y búsquedas.
Huir por desesperaciones y refugios
con un equipaje de amor y desasosiego.
Huir hacia una hora sin puntos cardinales,
como equilibristas por el fino cordel de la cordura
o como mendigos que persiguen
un merecido corazón sobre la tierra.
Huir guiados por brújulas rotas.
Huir confiando en la fuga.
Huir para encontrarnos.

David Eloy Rodríguez (né à Cáceres, Espagne en 1976) – Judite Rodrigues, Poésie par effraction (Université Bordeaux Montaigne, 2015)

Alain Chamfort & Elodie Frégé – L’ennemi dans la glace

il y a dans ma maison quelqu’un dont j’me méfie
qui me défie
qui s’assied à ma place, qui m’ressemble comme un frère
qui respire mon air

l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il sourit mais j’le connais bien
l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il n’me veut pas du bien

il y a chez moi un hôte indésirable
insaisissable
qui vit sous mon toit, qui dort dans mon lit

qui jamais n’m’oublie

l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il sourit mais j’le connais bien
l’ennemi dans la glace
dont le regard me glace
il m’laissera pas en paix

dehors je croise des étrangers
des ombres qui marchent dans le noir
ce n’est pas d’eux que vient le danger
mais je reconnais chaque soir
mon pire ennemi dans ce miroir

je m’souviens de l’homme que j’étais, mais un traître
l’a fait disparaître

et moi, qui suis-je? chasseur ou chassé
qu’est-ce qui s’est passé?