Shuntarō Tanikawa – Vivre

Vivre,
vivre maintenant, signifie
devenir assoiffé,
être ébloui par le soleil filtrant entre les feuilles d’arbre,
se souvenir subitement d’une mélodie,
éternuer,
vous donner la main.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
les mini-jupes,
les planétariums,
Johann Strauss,
Picasso,
les Alpes,
rencontrer toutes sortes de belles choses,
et
rejeter prudemment le mal caché.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
pouvoir pleurer,
pouvoir rire,
pouvoir se fâcher,
être libre.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
maintenant un chien aboie au loin,
maintenant la terre tourne,
maintenant quelque part le premier cri d’un bébé,
maintenant quelque part un soldat est blessé,
maintenant une balançoire se balance,
maintenant “maintenant” passe.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
un oiseau bat des ailes,
la mer tonne,
un escargot rampe,
des gens aiment,
la chaleur de vos mains,
la vie elle-même.

Shuntarō Tanikawa (Tokyo, Japon, 1931)

Merci parce que Beauty will save the world

Bob Dylan And Johnny Cash – Girl From The North Country

If you’re travelin’ in the north country fair
Where the winds hit heavy on the borderline
Remember me to one who lives there
Oh she once was a true love of mine
See for me if her hair’s hanging down
It curls and falls all down her breast
See for me that her hair’s hanging down
That’s the way I remember her best
If you go when the snowflakes falls
When the rivers freeze and summer ends
Please see for me if she’s wearing a coat so warm
To keep her from the howlin’ winds
If you’re travelin’ in the north country fair
Where the winds hit heavy on the borderline
Please say « hello » to the one who lives there
Oh she was once a true love of mine
If you’re travelin’ in the north country fair
Where the winds hit heavy on the borderline
Remember me to one who lives there
Oh she once was a true love of mine
A true love of mine
A true love of mine
True love of mine
A true love of mine
A true love of mine
She was once a true love of mine
Paroliers : Allan Olsen / Bob Dylan
Paroles de Girl From the North Country © Sony/ATV Music Publishing LLC

Nantes – Barbara

Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin

Un matin comme celui-là
Il y a juste un an déjà
La ville avait ce teint blafard
Lorsque je sortis de la gare

Nantes m’était encore inconnue
Je n’y étais jamais venue
Il avait fallu ce message
Pour que je fasse le voyage:

« Madame soyez au rendez-vous
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Faites vite, il y a peu d’espoir
Il a demandé à vous voir. »

A l’heure de sa dernière heure
Après bien des années d’errance
Il me revenait en plein cœur
Son cri déchirait le silence

Depuis qu’il s’en était allé
Longtemps je l’avais espéré
Ce vagabond, ce disparu
Voilà qu’il m’était revenu

Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Je m’en souviens du rendez-vous
Et j’ai gravé dans ma mémoire
Cette chambre au fond d’un couloir

Assis près d’une cheminée
J’ai vu quatre hommes se lever
La lumière était froide et blanche
Ils portaient l’habit du dimanche

Je n’ai pas posé de questions
A ces étranges compagnons
J’ai rien dit, mais à leurs regards
J’ai compris qu’il était trop tard

Pourtant j’étais au rendez-vous
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Mais il ne m’a jamais revue
Il avait déjà disparu

Voilà, tu la connais l’histoire
Il était revenu un soir
Et ce fut son dernier voyage
Et ce fut son dernier rivage

Il voulait avant de mourir
Se réchauffer à mon sourire
Mais il mourut à la nuit même
Sans un adieu, sans un « je t’aime »

Au chemin qui longe la mer
Couché dans le jardin des pierres
Je veux que tranquille il repose
Je l’ai couché dessous les roses
Mon père, mon père

Il pleut sur Nantes
Et je me souviens
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin.

 

Ivan Bounine – Sur un rocher sous le ciel…

Sur un rocher sous le ciel, où les tourmentes
Sifflent dans l’azur éblouissant
Est le gîte solitaire et fétide d’un aigle.

Je bois comme une eau glacée
La tourmente des cimes, la liberté,
L’éternité qui vole en ce lieu.

Ivan Bounine (Voronej, Russie, 1870 – Paris , 1953) – Mon cœur pris par la tombe (Orphée, La Différence, 1992) – Traduit du russe par Madeleine de Villaine

Merci à Beauty will save the world